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Par Hasard

Centre de la Vieille Charité, Marseille, France
18 octobre 2019 - 23 février 2020
  • Par Hasard
Du hasard au sublime

Il est la tache d'encre de Victor Hugo, l'hésitation d'une impression d'un monotype de Degas, un coup de dés de Mallarmé, qui jamais n'abolira le hasard. L'ivresse d'une œuvre d'art. A l'inverse de l'enseignement artistique, l’intervention du hasard dans le processus créatif de l’œuvre permet à l'artiste de se libérer des règles de la représentation. L'accidentel, l'aléatoire, la trouvaille vertueuse, les sculptures involontaires, les coulures, les compressions, font émerger un répertoire de formes libres menant au sublime dans l'incertitude du geste. Se substituant à l'incarnation de dieu, le tremblement hasardeux devient l'une des composantes symptomatiques de la modernité. Cette magie de l'aléatoire devient le sujet même d'une œuvre idéale, géniale, peinte sans aucune intervention de la pensée. Le hasard révèle le rôle démiurgique de l'artiste alchimiste, guidé par la sérendipité des réactions chimiques de la matière. A l’opposé des « anartistes », certains cartésiens inventent des protocoles, confiant leurs sens aux pouvoirs anonymes de la méthode mathématique. Ils utilisent le concept du hasard comme un cadre scientifique au travers duquel ils se soustraient à la gestuelle du peintre, créatrice d'une géométrie toujours incertaine, voire bancale. De la tache à la ligne pure, de l'automatisme au mathématisme, l'exposition déroule une typologie chronologique du hasard comme processus créatif à travers les plus importants courants et artistes de la seconde moitié du XIXème siècle à nos jours.

Organisé de manière chronologique, le parcours s'attachera à faire émerger différentes techniques ainsi expérimentées par les artistes : monotypes de Degas, taches de Victor Hugo, improvisations de Wassily Kandinsky, stoppages étalon de Marcel Duchamp, papiers déchirés de Hans Arp, tableaux Merz de Kurt Schwitters, élevage de poussière et rayogrammes de Man Ray, cadavres exquis et dessins communiqués surréalistes, sculptures involontaires de Brassaï et Salvador Dalí, frottages de Max Ernst, décalcomanies d'Oscar Dominguez, dripping de Jackson Pollock, phénomènes de Jean Dubuffet, affiches lacérées de Jacques de la Villeglé et François Dufrêne, compressions de César, poubelles d'Arman, tableaux pièges de Daniel Spœrri, cosmogonies et anthropométries d'Yves Klein, tirs de Niki de Saint Phalle, jeux Fluxus, nuanciers de Gerhard Richter, spectres colorés d'Elsworth Kelly, lignes réparties au hasard de François Morellet, et nombres et hasard d'Aurélie Nemours.

Après une déambulation à travers des œuvres de Calder, Michel Blazy ou Jesus-Rafael Soto présentées en extérieurs dans les coursives et la cour de la Vieille Charité, l’exposition s’achèvera dans la Chapelle de Pierre Puget avec la présentation de l’installation de Robert Filliou « Eins, Un. One… » composée de 16000 dés de couleur posés sur la même face, en écho au poème de Stéphane Mallarmé, « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard ».

Commissariat :
Xavier Rey, directeur des musées de Marseille
Guillaume Theulière, conservateur adjoint au directeur des musées de Marseille
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