2006

Par Jacques Bouzerand

Yves le Monochrome

Yves Klein, Monochrome bleu sans titre, (IKB 100), 1956
Pigment pur et résine synthétique sur gaze montée sur panneau
Le monochrome bleu est pour Yves Klein un challenge technique et une expérience métaphysique. C’est un aboutissement. Une révolte contre le dessin, contre la ligne, l’a conduit vers la peinture. Et surtout vers le monochrome, qui est l’état le plus pur de la couleur. Au point qu’il prend lui même pour nom d’artiste Yves le Monochrome et qu’il se donne pour devise de chevalier de Saint-Sébastien : « Pour la couleur, contre la ligne et le dessin. » La certitude est bien ancrée : « Jamais par la ligne, on n’a pu créer dans la peinture une quatrième, cinquième ou une quelconque autre dimension ; seule la couleur peut tenter de réussir cet exploit », écrit-il. 

Dès 1946, selon lui, alors qu’il avait dix-huit ans, l’artiste s’est efforcé de percer les secrets de la couleur. À travers des exemples concrets : papiers découpés, peinture orange, verte, bleue, rose… Et à travers son expérience sensorielle de l’espace comme celle qui l’avait conduit à signer le ciel, il s’est peu à peu forgé une vérité : «La couleur c’est la sensibilité devenue matière, la matière dans son état fondamental. Les couleurs seules habitent l’espace, alors que la ligne ne fait que voyager au travers et le sillonner. La ligne traverse l’infini, tandis que la couleur est. Par la couleur j’éprouve une identification totale avec l’espace ; je suis réellement libre. » 

Mais plus encore, le bleu jouit d’un statut particulier : « Le bleu n'a pas de dimension, il est hors dimension, tandis que les autres couleurs, elles, en ont. » Son bleu sera l’IKB, l’International Klein Blue. Il met définitivement au point en 1960 sa formule de pigments et de fixatif, dont il dépose le brevet le 13 mai à l’Institut nationale de la propriété industrielle dans l’enveloppe Soleau n° 63471.

Jacques Bouzerand (1939-2014) était journaliste et spécialiste d'art contemporain
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