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1.01.1955

Par Yves Klein

L'aventure monochrome

Expression de l'univers de la couleur mine orange (M 60), mai 1955
© Succession Yves Klein c/o ADAGP, Paris
"Je cherche ainsi à individualiser la couleur, car j’en suis venu à penser qu’il y a un monde vivant de chaque couleur et j’exprime ces mondes. Mes tableaux représentent encore une idée d’unité absolue dans une parfaite sérénité ; idée abstraite représentée de façon abstraite (...).
Pour moi, chaque nuance d’une couleur est en quelque sorte un individu, un être qui n’est que de la même race de la couleur de base (sic), mais qui possède bien un caractère et une âme personnelle différente. Il y a des nuances douces, méchantes, violentes, majes- tueuses, vulgaires, calmes, etc. En somme, chaque nuance de chaque couleur est bien une «présence», un être vivant, une force active qui naît et qui meurt après avoir vécu une sorte de drame de la vie des couleurs."
Yves Klein, texte de présentation de l'exposition Yves Peintures aux Éditions Lacoste, 1955
"J’en étais venu à peindre monochrome à côté de mes activités picturales normales qui me venaient de l’influence de mes parents, tous deux artistes peintres, parce qu’il me semblait que la couleur me clignait de l’œil sans cesse en travaillant. Elle m’émerveillait d’autre part, parce que de plus en plus devant n’importe quel tableau, figuratif ou non figuratif, j’éprouvais la sensation que les lignes et toutes leurs conséquences, contours, formes, perspective, composition, composaient très précisément comme les barreaux d’une fenêtre de prison. Au loin, dans la couleur, la vie, la liberté et moi devant le tableau, je me sentais en prison. (...)
C’est donc bien par la couleur que j’ai fait la connaissance peu à peu de l’immatériel. Les influences extérieures qui m’ont conduit à persévérer dans cette voie monochrome jusqu’à cet immatériel d’aujourd’hui, sont multiples. La lecture du journal de Delacroix, champion de la couleur, à l’origine de la peinture lyrique contemporaine, puis l’étude de la position de Delacroix par rapport à celle de Ingres, champion, lui, de l’académisme qu’engendre la ligne et toutes ses conséquences qui, à mon avis, ont conduit l’art d’aujourd’hui à l’exaspération de la forme, telle la belle et grande aventure dramatique de Malevitch, ou encore le problème sans aucune solution possible de l’organisation de l’espace de Mondrian, qui a engendré la polychromie architecturale dont souffre atrocement notre urbanisme actuel.
Enfin et surtout, j’ai reçu le grand choc en découvrant à Assise, dans la basilique de Saint-François, des fresques scrupuleusement monochromes, unies et bleues que, moi, je crois pouvoir attribuer à Giotto mais qui pourraient être de l’un de ses élèves, de quelque disciple de Cimabue ou encore de l’un des artistes de l’École de Sienne."
Yves Klein, extrait de "Conférence de la Sorbonne », 3 juin 1959
"Cette sensation de liberté totale de l’espace sensible pur exerçait sur moi un tel pouvoir d’attraction que je peignais des surfaces monochromes pour voir, de mes yeux voir, ce que l’absolu avait de visible. "
Yves Klein, extrait de « Le dépassement de la problématique de l'art », 1959

"C’est donc bien par la couleur que j’ai fait la connaissance peu à peu de l’immatériel."
Yves Klein, extrait de "Conférence de la Sorbonne », 3 juin 1959


"Par la couleur, je ressens le sentiment d’identification complète avec l’espace, je suis vraiment libre. (...)
Sentir l’âme sans l’expliquer, sans vocabulaire et représenter cette sensation... C’est, je crois, l’une des raisons qui m’a amené à la monochromie ! »
Pour moi l’art en peinture, c’est de produire, de créer de la liberté à l’état matière première. " (...)
La couleur, c’est pour moi la sensibilité « matérialisée ». (...)
Pour moi, les couleurs sont des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout. Les couleurs sont les véritables habitants de l’espace. La ligne, elle, ne fait que voyager à travers et le parcourir ; elle ne fait que passer... (...)
Mes tableaux sont les « cendres » de mon art. C’est avec la monochromie que je me grise le plus. Je ne sais pas, j’ai essayé bien des manières. J’ai été peintre comme il est admis d’être peintre, j’ai été plus avant et avant-garde même ; toutes les périodes, je les ai passées, j’étais insatiable et puis les plaisirs, les consolations, j’en suis déjà blasé. Je crois en tout cas que ce n’est qu’avec la monochromie que je vis vraiment la vie picturale, la vie de peintre dont je rêvais. (...)
Je poursuis donc depuis plusieurs années cette aventure et cette expérience picturale basée sur les ressources sensorielles, sensibles et plastiques, de la couleur pure, c’est-à-dire de la couleur présentée telle quelle, proposée en soi, aux lecteurs. (...)
Jamais par la ligne, on a pu créer dans la peinture une quatrième, cinquième ou une quelconque autre dimension – seule la couleur peut tenter de réussir cet exploit. La monochromie est la seule manière physique de peindre – permettant d’atteindre à l’absolu spirituel."
Yves Klein, extrait de « L’aventure monochrome : l’épopée monochrome », 1960


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