Préhistoire, une énigme moderne

Centre Georges Pompidou - Musée national d'art moderne, Paris, France
8 mai 2019 - 16 septembre 2019
La préhistoire est une idée moderne : le mot lui-même ne se fixe qu'à partir des années 1860.
La réalité « préhistorique » se construit progressivement au cours du XIXe siècle, comme un bloc indissociable de faits, de réflexions et de fantasmes. On peut y distinguer trois grandes étapes : la prise de conscience du temps long de la vie, par l'analyse des fossiles (tournant du XVffie et du XIXe siècle) ; l'appréhension d'une « préhistoire » des cultures humaines, étroitement liée à l'idée d'une activité artistique (années 1860) ; la reconnaissance spécifique de l'art pariétal (tournant du XIXe et du XXe siècle). Au XXe siècle, l'impact de ce vaste corpus d'images, d'hypothèses et de spéculations est immense, autant sur l'imagination collective que sur la création individuelle. L'idée de « préhistoire » vient creuser profond dans nos imaginaires, les bouleverse et y ouvre des abîmes. L'art « préhistorique », en particulier, ou du moins ce qu'on désigne comme tel se constitue non seulement en objet de fascination mais aussi en modèle concret pour des expérimentations artistiques de tous ordres.
L'exposition a donc pour but de faire sentir l'attirance, chez les artistes et pour la société toute entière, vers des « origines » fantasmées, dans ce grand moment de crise qu'on appelle la « modernité ». Elle révèle que certains des plus grands artistes du XXe et du début du XXIe siècle ont été hantés par la question de la « préhistoire » : Picasso, Miré mais aussi Cézanne, Klee, Giacometti, Ernst, Beuys, Klein, Dubuffet, Smithson, Penone, etc.
Parallèlement, par la présentation de nombreux documents, l'exposition montre que, pour nous, la « préhistoire » fonctionne comme une machine à remuer le temps. Les forces qui s'y exercent tirent leur fécondité de leurs contradictions mêmes : le besoin de déconstruction et le besoin de refondation ; la sortie de l'histoire et la plongée dans l'histoire ; le rêve d'accomplissement apocalyptique et la désillusion mélancolique.
Le parcours propose une progression chronologique, avec un préambule remontant au tournant du XIXe et du XXe siècle (Redon, Cézanne), un noyau central allant des années 1930 (Picasso, Mirô, Giacometti, Ernst, etc.) à la fin des années 1960 (Beuys, Smithson, etc.), et une conclusion contemporaine. Au sein de cette progression, la réflexion et le regard des spectateurs sont orientés sur différents thèmes, à la fois historiques, anthropologiques et artistiques. L'ensemble est ponctué par la présentation d'œuvres iconiques du paléolithique et du néolithique.
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