1928 - 1953

  • 1928 - 1953

    Les prémices d’une œuvre

    Né à Nice en 1928, de parents peintres – Fred Klein (1898-1990) et Marie Raymond (1908-1989) – Yves Klein est un autodidacte. Pendant son enfance, la famille Klein habite entre Paris et Nice. Très jeune, Yves travaille dans la librairie de sa tante à Nice où il se lie d’amitié avec le futur artiste Arman et le poète Claude Pascal.

    Attiré par le voyage, entre 1948 et 1953, il effectue plusieurs séjours tout d’abord en Italie, puis en Angleterre — où il travaille chez un encadreur et s’initie à la dorure à la feuille— en Irlande, en Espagne et enfin au Japon.

    Pendant ces années, Yves consacre beaucoup de temps au judo : titulaire du prestigieux grade de 4e dan, il l’enseigne régulièrement et le documente. Ses journaux de voyage mentionnent, dès la fin des années 1940, la réalisation de monochromes sur papier. À la même époque, il imagine une Symphonie Monoton-Silence et écrit des scénarios de films sur l’art.
    • 1928 → 1938

      Le 28 avril 1928, Yves Klein naît à Nice. Son père, Frédéric Klein, dit Fred Klein (Bandung, 1898 - Paris, 1990), Néerlandais né en Indonésie, est un peintre figuratif. Sa mère, née Marie Raymond (La Colle-sur-Loup, 1908 - Paris, 1989) est alors une jeune artiste et s’affirmera plus tard comme peintre abstrait.

      files/media_file_10.jpg Marie Raymond, 1948 ca.
      Photo © Willy Maywald

      Yves vit son enfance entre Cagnes-sur-Mer à La Goulette, une vielle maison dans le Haut-de-Cagnes, Paris et ses banlieues et Nice où la famille est accueillie dans des périodes de difficultés financières chez les parents de Marie. À Nice, Yves séjourne aussi à maintes reprises chez sa tante Rose Raymond. L’affection de celle-ci ainsi que ses attentions et son aide matérielle le soutiendront tout au long de sa vie.  

      1928_2 Fred Klein, 1948 ca.
      Photo © Tous droits réservés

      En 1937, Marie et Fred participent à l’Exposition universelle de Paris avec une fresque sur le thème des quatre éléments pour la décoration du pavillon de la Côte d’Azur, fresque financée par les Parfumeries de Grasse.
    • 1939 → 1946

      Les Klein sont surpris par la guerre à Cagnes-sur-Mer. Ils vendent La Goulette et louent une maison dans le Haut-de-Cagnes. Les parents Klein fréquentent Nicolas de Staël qui est installé à Nice avec sa compagne Jeannine Guillou et le fils de celle-ci, Antek, un camarade de jeu d’Yves. Ils y rencontrent les artistes du Groupe de Grasse : Alberto Magnelli, Jean Arp, Sophie Taeuber, Sonia et Robert Delaunay, etc.

      De retour à Paris, entre 1946 et 1954, Marie Raymond tient des réunions hebdomadaires à son domicile, tous les lundis. Y sont conviés des représentants du monde de l’art et des lettres, des peintres de toutes les tendances ainsi que des artistes de la nouvelle génération. Lorsqu’il est à Paris, Yves fréquente de temps en temps ces soirées.
    • 1947 → 1948

      En 1947, de retour à Nice, il travaille dans la librairie que Rose Raymond a installée pour lui dans son magasin.

      Durant l’été, en s’inscrivant au club de judo du quartier général de la Police, Yves Klein fait la connaissance de Claude Pascal et d’Armand Fernandez, le futur Arman.

      1947_1 Yves Klein à l'Ecole de judo de Nice, 1952 ca.
      Photo © J. Nocenti

      Réunis par un grand attrait pour l'exercice physique, ils aspirent tous les trois à « l'Aventure » du voyage, de la création, de la spiritualité. Le judo fut pour Yves la première expérience de l'espace "spirituel".

      Sur la plage de Nice, les trois amis choisissent de "se partager le monde": à Armand revient la terre et ses richesses, à Claude Pascal l'air, et à Yves le ciel et son infini :

      "(...) alors que j'étais encore un adolescent, en 1946, j'allais signer mon nom de l'autre côté du ciel durant un fantastique voyage "réalistico-imaginaire". Ce jour-là, alors que j'étais étendu sur la plage de Nice, je me mis à éprouver de la haine pour les oiseaux qui volaient de-ci, de-là, dans mon beau ciel bleu sans nuage, parce qu'ils essayaient de faire des trous dans la plus belle et la plus grande de mes œuvres".
      Yves Klein, Manifeste de l'Hôtel Chelsea, New York, 1961

      1948-1954_2 Yves Klein et Claude Pascal dans les rues de Nice, 1948 ca.
      Photo © Tous droits réservés

      En août 1948, il effectue un voyage en auto-stop en Italie : Gênes, Portofino, Rapallo, Santa Margherita, Pise, Florence, Rome, Naples, Capri, Ischia, Pompéi, Reggio, Messine, Palerme, Venise, puis retour à Nice.  

      Le 18 novembre, il part faire son service militaire en zone d’occupation française en Allemagne, près du lac de Constance.  

      Yves Klein élabore le projet d’une Symphonie Monoton-Silence, composition musicale à un seul ton, suivie d’un long silence, qui est l’équivalent sonore du monochrome en peinture.
    • 1949

      Son service militaire achevé, Yves part en Angleterre avec Claude Pascal, afin d’améliorer son anglais. À Londres, il trouve un emploi chez l’encadreur Robert Savage, qui avait préparé l’exposition de Fred Klein à Londres en 1946. Le séjour chez Savage sera pour lui un apprentissage de la rigueur dans le travail. Yves pratique alors la dorure à la feuille d’or. Il poursuit en même temps les entraînements de judo.  

      Entre la fin 1949 et le début de 1950, Yves réalise ses premiers monochromes, à la gouache et au pastel sur papier ou sur carton et les expose dans sa chambre à Londres, pour ses amis.
    • 1950

      Le 4 avril 1950, Yves et Claude quittent Londres pour se rendre en Irlande, à Dublin. Peu après, ils s’installent et travaillent dans un club d’équitation, le Jockey Hall.  

      1950_2 Yves Klein en Irlande, 1950 Photo
      © Tous droits réservés


      Le 28 août, il retourne à Londres et reprend son travail chez l’encadreur Savage, puis rentre à Nice en décembre.

      1950_portrait_1 Yves Klein en Irlande, « Myself and co », 1950
      Photo © Tous droits réservés

    • 1951

      Le 3 février 1951, Yves Klein part pour Madrid afin d’y étudier l’espagnol. À l’origine, Claude Pascal et Yves avaient projeté un tour du monde initiatique. Des ennuis de santé empêchèrent Pascal de partir. Il continue à pratiquer le judo, visite des musées et se rend à Tolède. Non sans difficultés, il réussit à trouver du travail : il donne des cours de français et à partir du mois d’avril, enseigne le judo dans le club Bushido Kwaï où il se lie d’amitié avec le directeur Fernando Franco de Sarabia, fils d’éditeur. Pendant son séjour, Yves réalise des peintures monochromes.  

      1951_2 Rose Raymond (à gauche) et Yves Klein à Tolède, Espagne, juin 1951
      Photo © Tous droits réservés

      1951_4Extraits du Journal d’Espagne d’Yves Klein

      1951_1 Yves Klein devant l’œuvre de El Greco, "San Juan Evangelista", Musée du Prado, 1954
      Photo © Tous droits réservés

      1961_madrid Yves Klein à Madrid, 1951 ca.
      Photo © Tous droits réservés

      En octobre, Yves s’installe à Paris et prend contact par courrier avec l’Institut franco-japonais de Tokyo.
    • 1952

      En juin 1952, Yves publie son article « Des bases (fausses), principes, etc. et condamnation de l’évolution », dans le premier numéro de la revue lettriste Soulèvement de la jeunesse.  

      Le 22 août, Yves embarque à Marseille sur La Marseillaise pour le Japon. Il fera escale à Port-Saïd, Djibouti, Colombo, Singapour, Saigon, Manille et Hong Kong.  

      1952_1 Yves Klein sur le pont de « La Marseillaise » en direction de l’Asie, 1952
      Photo © Tous droits réservés


      Le 23 septembre, il arrive à Yokohama, accueilli par des amis de sa famille dont le critique d’art Takachiyo Uemura. Il passera quinze mois au Japon.  

      1952_3 Yves Klein en escale à Hong Kong, 14 – 18 septembre 1952
      Photo © Tous droits réservés

      Au Japon, il partage son temps entre l’Institut de judo Kôdôkan et les leçons de français qu’il donne à des étudiants américains et japonais. Durant ce séjour, il prépare un livre sur le judo dans le but d’importer en Europe l’esprit et la technique des Katas japonais.

      1952_5 Yves Klein à l’institut Kodokan, Tokyo, 1952
      Photo © Tous droits réservés


    • 1953

      En janvier 1953, Yves devient ceinture noire 1er dan. Avec Harold Sharp, un ami américain, il commence à réaliser des films documentaires sur le judo montrant des mouvements effectués par de grands maîtres japonais. En prévision du livre qu’Yves envisage de publier sur le judo, Sharp fait aussi de nombreuses prises de vue de son ami en train de réaliser des combats et des “katas”.  

      Yves organise les expositions « Marie Raymond & Fred Klein » à l’Institut franco-japonais de Tokyo et à la Bridgestone Gallery de Tokyo. La vente d’œuvres de ses parents l’aide à financer son séjour. À l’occasion d’une soirée avec des amis, il expose dans son appartement des gouaches monochromes.  

      1954_3 Marie Raymond, Yves Klein et Fred Klein, Paris, 1954
      Photo © Tous droits réservés

      Au cours de l’année, il propose à un producteur japonais de réaliser un film qu’il intitulera « La marque de l’immédiat » dans son journal Dimanche 27 novembre (1960). Il conçoit aussi un film expérimental visant à créer des formes abstraites dynamiques et des empreintes sur la pellicule à partir de mouvements de judo.  

      En décembre, le Kôdôkan lui décerne le 4e dan de judo.  

      Fin décembre, il quitte le Japon sur La Marseillaise et arrive en France début février 1954.
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