1961 - 1962

  • 1961 - 1962

    La construction du mythe

    Artiste radical, Yves Klein constitue un modèle pour les artistes européens du groupe Zero.

    En octobre 1960, il expose à la galerie Rive Droite à Paris, chez Leo Castelli à New York et à la Dwan Gallery à Los Angeles en 1961.

    En janvier 1961, le Museum Haus Lange de Krefeld propose la première rétrospective institutionnelle de son œuvre.

    En mars et juillet 1961, Yves Klein réalise des Peintures de Feu au Centre d’essai de Gaz de France.

    N’hésitant pas à prendre son image et sa vie privée comme matériaux de son art, Yves Klein participe à la construction de son mythe ; sa collaboration avec de nombreux photographes et réalisateurs en témoigne. Alors qu’il entreprend des Portraits Reliefs de ses amis Arman, Claude Pascal et Martial Raysse, il décède d’une crise cardiaque le 6 juin 1962, à l’âge de 34 ans.

    Outre une œuvre exceptionnelle, il laisse derrière lui des écrits clairvoyants.
    • 1961

      Le 5 janvier, Yves dépose à l’INPI un brevet pour un modèle de « table en verre soutenue par des pieds en métal chromé ou nickelé ».  

      1961_krefeld_7 Yves Klein dans la salle vide dévolue à la « Sensibilité Picturale Immatérielle », Museum Haus Lange, Krefeld, janvier 1961
      Photo © Charles Wilp / BPK, Berlin
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      Du 14 janvier au 26 février, se déroule sa première rétrospective institutionnelle « Yves Klein : Monochrome und Feuer » au Museum Haus Lange de Krefeld en Allemagne. La rétrospective est réalisée, en étroite collaboration entre Yves et Paul Wember, le directeur du musée. Yves Klein réalise là sa plus importante rétrospective. Il y expose des monochromes bleu, rose et or, son projet d’Architecture de l’Air, la Salle vide, un espace immatériel qui depuis fait partie de la collection permanente du musée. Le Mur de feu à l’extérieur, est composé de 50 brûleurs alignés. L’allumage des éléments, dans l’obscurité, est spectaculaire. Les rosaces en forme de marguerites montrent, si l’on s’en approche, les couleurs décomposées de la flamme : bleu, or et rose. Non loin du Mur, jaillit la flamme de La Sculpture de Feu. Le 26 février, date de la fermeture de l’exposition, Klein réalise les premières Peintures de Feu. Une large feuille de papier ou de carton est offerte aux flammes des becs Bunsen, et porte la marque des rosettes seules, ou des rosettes accompagnées de la trace de La Sculpture de Feu.

      1961_krefeld_13 Mur de Feu et Fontaine de Feu dans le jardin du Museum Haus Lange, Krefeld, janvier 1961
      Photo © Bernward Wember
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      web_1960_YK ph_1180 Vue de l’exposition « Monochrome und Feuer », Museum Haus Lange, Krefeld, janvier 1961
      Photo © Tous droits réservés
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      web_1958_1960YK ph_1015 Vue de l’exposition « Monochrome und Feuer », Museum Haus Lange, Krefeld, janvier 1961
      Photo © Tous droits réservés
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      En février, il accomplit un pèlerinage à Monastère de Sainte Rita à Cascia où il offre en ex-voto un coffret en plexiglas, divisé en plusieurs compartiments et contenant des pigments bleu et rose, des feuilles et des lingots d’or, et une prière manuscrite. Cette œuvre n’a été découverte qu’à la suite d’un tremblement de terre de septembre en 1979 et authentifiée par Pierre Restany en 1980.  

      1961_sterita Soeur Andreina avec l'Ex-voto dédiée par Yves Klein à Santa Rita of Cascia, Cascia, Italie 1999 De la série « Les Gardes »
      Photo © David Bordes
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      Le 20 février, le tournage d’une séance d’Anthropométries est réalisé dans l’atelier du photographe Charles Wilp, à Düsseldorf, pour une émission de la BBC, « The Heartbeat of France », diffusée le 14 juin suivant.  

      En mars, Yves réalise les premières séances de Peintures de Feu au Centre d’essai de Gaz de France à La Plaine-Saint-Denis, près de Paris. 

      1961_feu_11 Yves Klein réalisant une Peinture de Feu au Centre d’Essai du Gaz de France, Saint-Denis,
      Photo © Louis Frédéric
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      Le 26 mars, Yves et Rotraut Uecker arrivent à New York. Ils s’installent au Chelsea Hotel. Au cours de son séjour, Yves rencontre de nombreux artistes dont Duchamp, Johns, Kline, de Kooning, Newman, Rauschenberg, Rothko et Rivers.  

      Du 11 au 29 avril se tient l’exposition « Yves Klein le Monochrome » à la Leo Castelli Gallery de New York.  

      Yves rédige, en anglais, le Chelsea Hotel Manifesto.  

      Le 17 mai, il présente devant des représentants du monde de l’art de New York ses films sur des séances d’Anthropométrie et sur l’exposition de Krefeld. La projection a lieu dans l’agence de publicité Park Avenue offices of Foote, Cone and Belding.  

      Du 17 mai au 10 juin se déroule l’exposition « À 40° au-dessus de Dada » à la galerie J à Paris. L’exposition des Nouveaux Réalistes organisée par Pierre Restany a lieu l’occasion de l’ouverture de la galerie appartenant à Jeanine de Goldschmidt, sa future épouse. La préface du catalogue écrite par Restany est considérée comme le deuxième manifeste du groupe. Depuis les États-Unis, dans un courrier adressé au critique, Yves exprime son désaccord avec ce texte, ne reconnaissant pas son lien avec Dada.  

      Du 29 mai au 24 juin, Yves expose à la Dwan Gallery de Los Angeles (« Yves Klein le Monochrome »). À cette occasion, Yves présente l’ensemble de ses films.  

      1961_dawn_2 Vue de l’exposition « Yves Klein le Monochrome », Dwan Gallery, Los Angeles, 1961
      Photo © I. Serisawa
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      À la mi-juin, Yves et Rotraut rentrent en France.  

      Le 5 juillet, la publication de la revue Zero n°3 donne lieu à la manifestation « Zero. Edition Exposition Demonstration » à la galerie Schmela de Düsseldorf. Dans ce numéro de la revue Zero, paraît l’article de Klein, « Le vrai devient réalité », en français et en anglais. La fin du texte en français est brûlée à la requête de l’artiste. Dans ce numéro, figure également le manifeste « Projet pour une architecture de l’air », publié en allemand [« Projekt einer Luft-Architektur »].  

      web_1958_1960LIV_0035 Revue « ZERO n°3 », édité par le groupe ZERO, Düsseldorf, 1961
      © Fondation ZERO, Düsseldorf

      Le 12 juillet, Yves signe le contrat pour le film Mondo Cane de Gualtiero Jacopetti. Les 17 et 18 juillet, le cameraman Paolo Cavara tourne des séquences d’Anthropométries à la galerie Rive Droite pour la préparation du film.  

      Le 18 et 19 juillet, Yves réalise des Peintures de Feu et des Peintures de Feu Couleur au Centre d’essai de Gaz de France. Les photographes Pierre Joly, Vera Cardot et Louis Frédéric réalisent des reportages. Le 19, le directeur du Centre interdit la séance en raison de la présence de modèles nus.  

      Le 27 juillet, Yves écrit à l’architecte Philip Johnson au sujet d’un projet de fontaines d’eau et de feu proposé par des ingénieurs pour l’Exposition internationale de New York et qu’il considère erronément comme une appropriation de ses idées.  

      À l’automne, Yves réalise des Reliefs Planétaires.  

      1961_grenoble_3 Yves Klein réalisant un Relief Planétaire dans son atelier, 14 rue Campagne-Première, Paris, 1961
      Photo © Gilles Raysse

      Le 8 octobre, Yves réunit dans son appartement des membres du Nouveau Réalisme et les critiques d’art Alain Jouffroy, Pierre Descargues et John Ashbery, afin d’analyser la question de la filiation duchampienne du groupe. Cette réunion est nommée « journée des observateurs neutres ». Le soir-même, à La Coupole, Yves, Martial Raysse et Raymond Hains signent une déclaration de dissolution du groupe des Nouveaux Réalistes. La dissolution se révèle néanmoins temporaire.  

      En novembre, Yves et Rotraut font un voyage en Italie. Le couple se rend à Cascia puis à Rome afin de visionner la séquence du film de Jacopetti sur la séance d’Anthropométrie. La séquence, pas encore détournée, satisfait pleinement Yves.  

      Le 20 novembre s’ouvre l’exposition « Yves Klein le Monochrome : il Nuovo Realismo del Colore » à la Galleria Apollinaire de Milan.  

      1961_monochrome_2 Pierre Restany lors du vernissage de l’exposition « Yves Klein le Monochrome : il Nuovo Realismo del Colore » à la Galleria Apollinaire, Milan, 1961
      Photo © Tous droits réservés

      Au cours de l’année, Yves enregistre sur une bande sonore l’improvisation dénommée a posteriori « Dialogue avec moi-même ». L’enregistrement commence avec la Symphonie Monoton-Silence (1 min 15), puis Yves se met à parler.  

      Il élabore avec Claude Parent un projet de fontaines d’eau et de feu pour les fontaines de Varsovie du Trocadéro à Paris.  

      Durant l’année 1961, il participe aux expositions du groupe Zero « Gruppo 0 + 0 » à la Galleria La Salita de Rome, « Datozero » à la galerie Dato de Francfort, « Zero » à galerie A d’Arnheim ainsi qu’aux expositions « Aktuelle Kunstverein, Bilder und Plastiken aus des Sammlung Dotremont » à la Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen et à la Kunsthalle de Düsserldorf  et « Moderne Malerei seit 1945 aus der Sammlung Dotremont » à la Kunsthalle Basel de Bâle. Avec les Nouveaux Réalistes il participe aux expositions « Le Nouveau Réalisme à Paris et à New York » à galerie Rive Droite de Paris, Exposition des Nouveaux Réalistes à la galerie Samlaren de Stockholm, Premier Festival du Nouveau Réalisme à la galerie Muratore de Nice.
    • 1962

      Le dimanche 21 janvier a lieu le mariage d’Yves et Rotraut en l’église Saint-Nicolas-des-Champs à Paris. La mise en scène de la cérémonie, organisée par Yves dans tous les détails, inclut la présence de chevaliers de l’ordre des Archers de saint Sébastien en grande tenue. Suit une réception à La Coupole, prolongée par une soirée dans l’atelier de Larry Rivers, impasse Ronsin.  

      1962_mariage_8 Mariage d’Yves Klein et de Rotraut Uecker, Église Saint-Nicolas-des-Champs, Paris, 21 janvier 1962
      Photo © Tous droits réservés

      1962_mariage_1 Invitation pour le mariage d’Yves Klein et de Rotraut Uecker, 1962
      © Succession Yves Klein, ADAGP, Paris, 2017

      Le 26 janvier, Yves décroche les tableaux d’une salle du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, alors allouée au XVIe Salon Violet, afin de créer une Zone de Sensibilité Picturale Immatérielle. Le décrochage est réalisé à l’aide de Dufrêne, Villeglé et Niki de Saint-Phalle. Au mois de mars suivant, dans le cadre du Salon Comparaisons, la même salle devait accueillir des œuvres des Nouveaux Réalistes. Yves fait réaliser par Harry Shunk un reportage afin de documenter pour le catalogue du Salon Comparaisons la salle vide et la salle remplie par des œuvres des Nouveaux Réalistes (œuvres ayant été provisoirement empruntées à la galerie J pour la réalisation du cliché).  

      En Février, Yves prépare des moulages d’Arman, de Martial Raysse et de Claude Pascal pour réaliser des Portraits Reliefs. Le 1er mars, Yves réalise, en collaboration avec Arman, Claude Pascal et Pierre Restany, le Store-Poème.  

      1962_moulages_2 Réalisation du Portrait Relief de Martial Raysse, atelier d’Yves Klein, 14 rue Campagne-Première, Paris, 1962
      Photo © Harry Shunk and Janos Kender / J.Paul Getty Trust. The Getty Research Institute, Los Angeles.

      Durant l’année 1962, Yves participe aux expositions collectives « Zero, Schilders door de galerie gekogen » à galerie Ad Libitum d’Anvers, « Nieuwe Tendenzen » à la galerie Orez de La Haye, « Zero » dans le cadre de « Forum 62 » au Centrum voor Kunstambachten de Gand, « Zero » à galerie Schindler de Berne et « Recherches d’un Nouveau Réalisme » à la galerie Bonnier de Lausanne.

      Le 7 mars s’ouvre l’exposition « Antagonismes 2, l’objet » au Musée des Arts décoratifs de Paris.  

      Du 12 mars au 2 avril, se tient le Salon Comparaisons au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.  

      En mai, Yves se rend au Festival de Cannes. Le 12, il assiste à la première représentation de Mondo Cane de Gualtiero Jacopetti. Le détournement dérisoire de son travail dans le film le blesse profondément. La scène qui lui était consacrée avait été coupée, le montage arrangé, la bande sonore de la Symphonie Monoton-Silence remplacée par une chanson populaire. Le soir, Yves a une première crise cardiaque.  

      Le 15 mai, au cours d’un débat sur le thème « Art et Industrie » au Musée des Arts décoratifs, Yves intervient avec véhémence contre les industriels et s’en prend aussi à Restany et à Tinguely, présents à la discussion. Plus tard, le même jour, Yves se rend au vernissage de l’exposition « Donner à voir » à la galerie Creuze dans laquelle est exposé le Portrait Relief d’Arman. Il est victime d’une nouvelle crise cardiaque.  

      Yves programme avec Sacha Sosno le tournage d’un film intitulé Blue-Blue pour le mois de septembre suivant.  

      Le 6 juin à 18 heures, Yves meurt d’une ultime crise cardiaque, à son domicile au 14 rue Campagne-Première.  

      Le 6 août, naissance à Nice d’Yves, le fils de l’artiste.

      Yves Klein repose dans le petit cimetière de La Colle-sur-Loup (Alpes-Maritimes), aux côtés de Marie et Rose Raymond.

      1962_portrait_3 Yves Klein, 1960 ca.
      Photo © Harry Shunk and Janos Kender / J.Paul Getty Trust. The Getty Research Institute, Los Angeles.

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