3.06.1959

Par Yves Klein

Le Feu

"Le feu est pour moi l’avenir sans oublier le passé. Il est la mémoire de la nature. (...) Il est douceur, le feu « est douceur et torture. Il est cuisine et apocalypse. Il est plaisir pour l’enfant assis sagement près du foyer ; il punit cependant de toute désobéissance quand on veut jouer de trop près avec ses flammes. Il est bien-être et respect. C’est un dieu tutélaire et terrible, bon et mauvais. Il peut se contredire : il est donc un des principes d’explication universelle. On n’a peut-être pas assez remarqué que le feu est plutôt un être social qu’un être naturel, et, pour voir le bien fondé de cette remarque, il n’est pas besoin de développer les considérations sur le rôle du feu dans les sociétés primitives ni d’insister sur les difficultés techniques de l’entretien du feu ; il suffit de faire de la psychologie positive, en examinant la structure et l’éducation d’un esprit civilisé. En bref, le respect du feu est un respect enseigné ; ce n’est pas un respect naturel. Le réflexe qui nous fait retirer le doigt de la flamme d’une bougie ne joue pour ainsi dire aucun rôle conscient dans notre connaissance.»*
D’autre part, on ne peut, je pense, discuter du point de vue perfection esthétique la qualité du feu. Le feu est beau en soi, n’importe comment."

Yves Klein, extrait de "Conférence de la Sorbonne », 3 juin 1959, Le dépassement de la problématique de l'art et autres écrits, Beaux-Arts de Paris, 2003*Gaston Bachelard, La Psychanalyse du feu, p. 7.
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